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SAMUEL FRANçOIS

OPEN 4 BUSINESS

08.03 - 06.04.2012
Alice Gallery, Bruxelles

Par Justin Morin

OPEN 4 BUSINESS

Trop longtemps affilié à l’art urbain – une étiquette tellement floue qu’il vaudrait mieux la proscrire définitivement –, Samuel François démontre avec OPEN 4 BUSINESS que son travail dépasse allègrement la ville et ses périphéries. Habile va et vient entre décoratif, minimalisme et surréalisme, ses nouvelles productions dressent un musée personnel, forcément labyrinthique.

De ce parcours fait d’impasses et de chemins démultipliés, l’artiste français (né en 1977 à Pompey, Lorraine) propose une installation sculpturale inspirée des codes classiques de la muséographie. Des petites barrières, de celles qui ont pour but de nous imposer une distance de sécurité face aux œuvres, matérialisent une circulation dans l’espace de la galerie. Posées ça et là, une série de volumes ponctue la visite. Intitulées sculpture du lundi, sculpture du samedi ou encore sculpture du dimanche, elles se composent toutes d’une carotte de briques (ces cylindres directement forés dans les murs, notamment pour la pose de fenêtres) et d’un élément en céramique (bougeoir, vase, bibelot).

La collision de ces deux univers – l’un dans la matière brute, désincarnée, l’autre dans l’objet domestique, chargé de souvenirs – s’impose aussi à travers une série de toiles. De petites tâches colorées s’éparpillent sur la surface, si fines qu’elles se fondent dans une ambiance colorée floue, impossible à définir. Le motif s’évanouit jusqu’à devenir monochrome, évoquant aussi bien la façade d’un immeuble que le chiné d’un tee-shirt en coton. On découvre donc une pratique de la peinture décomplexée, qui s’affranchit de toutes les questions posées par le genre, où la technique sait être à la fois légère (jouant des crachats de couleur d’une bombe aérosol à effets de matières) et maniérée (en maniant patiemment un pinceau trois poils).

Preuve en est que si Samuel François est fantaisiste, il est aussi rigoureux. Samplant avec finesse les codes de courants très variés, il parvient à créer un équilibre formel et sensible, où le passé et ses teintes nostalgiques, disséminés à travers des éléments biographiques plus ou moins indentifiables, s’infusent dans un présent déstructuré et ramifié.

La situation géographique de l’artiste en dit long sur ses inspirations. Basé en Lorraine, dans la petite ville d’Hettange-Grande (à une trentaine de kilomètres de Metz, mais aussi des frontières luxembourgeoise, belge et allemande), il effectue ses premières actions artistiques dans la nature, peignant des motifs très eighties (confettis et autres serpentins) sur les bunkers de la région. Très rapidement, sa pratique du graffiti s’enrichit d’influences venues du design graphique, jusqu’à totalement s’affranchir de ces disciplines. En témoignent ses dégradés de couleur – la série Spontaneous –, peints à la bombe et sur papier, vaste paysage chromatique entre émulsion photographique et vectorisation sous illustrator. Le paysage – et les ballades qu’il suscite – est l’un des thèmes récurrents de sa production. En  février 2011, il propose en tant que commissaire l’exposition A new idea of landscape* où il présente plusieurs artistes de sa génération qu’il revendique comme des influences directes, tant pour leur travaux que pour leur manière de procéder. Parmi eux, on retrouve notamment l’américain Israel Lund ou l’italien Renato Leotta. Des amitiés artistiques souvent débutées par des échanges via internet.

Loin d’être anodin, Internet est un élément clé dans la compréhension de l’univers de Samuel François. Au service de son acuité artistique, les sites web fourmillent d’images qui ne demandent qu’à être révélées, additionnées, dupliquées ou encore recadrées. Ainsi, il présente en octobre 2011 No Image Yet, un immense néon (produit à l’occasion de la Nuit Blanche par sa galerie parisienne Jeanroch Dard), comme la promesse d’une œuvre à venir.

En complément de ces pages virtuelles, l’artiste cultive une véritable passion pour le papier. Que ce soit dans les librairies d’occasion de Berlin (où il a vécu deux années) ou chinés dans une brocante locale, les livres constituent une source incroyable d’images en tout genre, matière fantastique pour les nombreux collages qui ponctuent ses recherches. Récemment, Samuel François est passé de l’autre côté des rotatives en s’occupant de la direction artistique de Bunk Edition, maison indépendante dédiée aux livres d’artistes et autres projets éditoriaux. Une dizaine d‘ouvrages ont déjà été publiés, avec notamment des contributions de Piotr Lakomy et Claire Decet. Avec des prix moyens tournant autour de dix euros, l’initiative ne peut être que saluée.

En mai prochain, Samuel François présentera une nouvelle série d’œuvres dans le cadre de sa troisième exposition personnelle à la galerie Jeanroch Dard.


OPEN 4 BUSINESS est visible jusqu’au 6 avril chez Alice Gallery, 4 rue du pays de Liège, 1000 Bruxelles.

http://www.samuelfrancois.com/
http://www.bunkedition.fr/
http://www.jeanrochdard.com/

* A new idea of landscape a été présenté dans la Galerie NaMiMa, espace d’art de l’École nationale supérieure d’arts de Nancy. Le catalogue de l’exposition est téléchargeable ici.

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